Abstracts

First panel (Chair TBC)

Le Temps du travail, le temps de l’œuvre par l’artiste québécois Nicolas Grenier, ou la redéfinition des règles du marché de l’art

Alexandrine Théorêt (Université de Montréal)

Longtemps soumis aux acheteurs et aux pratiques commerciales du marché de l’art, les créateurs ont souhaité, vers la moitié du 20e siècle, augmenter leur contrôle sur la marchandisation de leurs œuvres. Ces artistes posèrent non seulement des conditions d’échange pour leurs créations, mais inventèrent également de nouvelles méthodes de vente.

À l’instar d’artistes tels Yves Klein et Marcel Broodthaers, l’artiste québécois Nicolas Grenier a cherché, à travers son projet Le Temps de l’œuvre, le temps du travail (2016), à redéfinir les règles du marché de l’art. Grenier y proposait un nouveau système de vente, dans lequel l’acheteur, plutôt que de débourser une somme attribuée à une œuvre par le système traditionnel, devait payer de son temps. En effet, afin de se pourvoir d’une œuvre, l’acquéreur devait s’engager à s’isoler avec l’objet dans un cube installé par la galerie, pendant la durée du temps qu’avait voué l’artiste à sa réalisation.

Toujours à propos de l’activité des artistes, Isabelle Graw affirme qu’« acquérir une œuvre d’art signifie prendre le contrôle de la capacité de travail de l’artiste et par conséquent, d’obtenir une tranche de sa vie » (Graw 2012: 46-47)[1]. Olav Velthuis, auteur spécialisé en culture et en économie s’est quant à lui penché sur les modes d’attribution des prix et de la valeur pour les œuvres. À partir d’une réflexion croisée de leurs constats, ainsi que de l’analyse de l’œuvre de Grenier, nous demanderons, en référence à l’économie et à l’histoire de l’art, s’il est réellement possible de quantifier la valeur d’une œuvre selon le travail accompli par un artiste.

 

Julien Prévieux: l’art au travail

Camille Prunet (Paris 3)

L’artiste français Julien Prévieux (né en 1974) travaille depuis plusieurs années sur la politique, l’économie et la technologie appliqués au travail en incorporant et réinterprétant les comportements et langages spécifiques à chaque milieu. Au début des années 2000, cet artiste a proposé des Lettres de non-motivation (2000-2007). Réponse de refus motivée à des petites annonces, ces lettres soulignait l’incongruité des demandes des employeurs potentiels. En 2011 puis en 2015, Julien Prévieux avait également organisé un atelier de dessins avec des policiers parisiens. Au lieu d’utiliser leur logiciel de détection des délits, ils devaient manuellement retracer des diagrammes à partir des cartes recensant les délits. Cette réappropriation de l’outil rend de fait le résultat inopérant car produit trop tardivement. Plus récemment, il a consulté les archives des mouvements corporels brevetés qui sont liés à des outils technologiques encore inexistants : la série vidéographique What Shall We Do Next ? (2006-2011 et 2014) propose ainsi de détourner ces gestes à finalité utilitaire. Ils sont exécutés dans le vide et chorégraphiés avec rigueur par des danseurs. L’artiste y souligne le rôle de plus en plus prescripteur de la technologie sur le corps humain, prenant des allures de science-fiction. L’artiste propose une réappropriation critique du corps face à ce système de classification et de prescription des mouvements corporels.

Ainsi, il sera intéressant de mettre en regard cet ensemble d’œuvres avec les travaux vidéo plus récents sur le geste pour souligner l’évolution de la perception contraignante du travail, et l’absurdité d’une recherche d’efficacité poussée à l’extrême. A travers cet exemple, il s’agit de souligner le rôle prescripteur de la technologie appliquée au travail. Comment l’œuvre d’art permet-elle d’interroger le rôle des nouvelles technologies dans nos gestes de travail quotidien ? Quelles formes viennent répondre à ce contrôle de plus en plus fort des comportements humains ?

 

L’artiste et le voyage: le travail sous-jacent

Loïc Le Gall  (Centre Pompidou)

L’artiste voyage. Cette période de transit, de recherche, de formation mais aussi de plaisir est devenue essentielle dans la vie de l’artiste contemporain. Les racines de ce « temps de travail » sont anciennes : dès le XVIe siècle, de nombreux peintres et sculpteurs réalisent, ce que l’on a appelé plus tard, le Grand Tour. Il s’agit alors de découvrir l’Europe, principalement l’Italie et la Grèce, et de visiter les maîtres afin d’apprendre leurs techniques. Ce périple est notamment très populaire chez les français et les anglais à l’instar de Lord Byron au XIXe siècle, et instigua même des genres tels que la bambochade. Le travail ne se fait plus ainsi uniquement devant le chevalet ; le temps des rencontres, de la flânerie, voire de la procrastination prend une part importante du processus de création. Chez l’artiste contemporain, le voyage peut être clairement revendiqué comme un moment d’intense activité et de production. Le travail ne se borne pas à l’action matérielle et démiurge tant sacralisée. Hamish Fulton (Grande-Bretagne, 1946) base son œuvre sur la question du déplacement, se qualifiant de walking artist. Dans le contexte français, le duo Dector & Dupuy (France, 1951, 1949) procède de la même manière. Tous trois considèrent leurs périples comme des œuvres d’art, des performances. Adrien Missika (France, 1981) récupère des pierres lors de ses voyages puis les utilise dans ses sculptures et installations. Le temps du plaisir rejoint ainsi celui plus prosaïque de la collecte. Rachid Koraïchi (1947, Algérie) s’installe à l’étranger pour collaborer avec les populations locales. Le travail n’existe que dans ces circonstances si particulières. Cette communication aura pour but de présenter différents aspects du travail de l’artiste intimement liés à la notion de voyage.

 

Second Panel (Chair: Ben Dalton)

 

L’après du travail

Anne-Marie David (Université de Montréal)

À ses débuts au XIXe siècle et jusque dans la première moitié du XXe, le roman social

français a accordé une place prépondérante au travail. Si l’objet littéraire est relégué à

l’arrière-plan après la Deuxième Guerre mondiale, il connaît un important regain dans les

textes actuels, alors que ses référents empiriques ont considérablement changé. Il en résulte

que les représentations contemporaines, pour notables que soient les différences formelles

qui les démarquent des antécédentes, ont en commun d’être structurées par les mêmes

thèmes fondamentaux : la mort est l’un d’eux, cependant qu’elle affecte désormais

l’individu au travail autant que le travail lui-même.

Je propose d’observer cette continuité disruptive à l’échelle de la micro-lecture: la

mort, fil conducteur de l’évolution esquissée, l’est également d’oeuvres situées à ses deux

extrémités. Son réseau court conjointement à celui des boyaux de la mine de Germinal

d’Émile Zola (1885) – « la terre a lâché tout le sang de la veine, pour se venger de ce qu’on

lui a coupé une artère1 » –, tandis que la figure d’une morte « condui[t …] tous [les] récits

qui […] s’imbrique[nt]2 » pour former la trame de Daewoo de François Bon (2004). Dans

le second roman, cette « imbrication » est corollaire d’un positionnement narratif a posteriori: l’usine éponyme est fermée avant le début du texte. Celui-ci fait dès lors office

d’épilogue ou de commentaire hésitant de la catastrophe, c’est-à-dire qu’il joue avec les

codes du genre post-apocalyptique. Si les ouvrières licenciées citent Germinal à plusieurs

reprises, elles le font depuis un monde où le chômage prend la forme d’un cataclysme et

où le travail thématisé par Zola n’existe plus. C’est à l’évaluation de ce décalage temporel

que la communication sera consacrée, afin de comprendre la pensée « rétrospective » du

travail déployée par Daewoo, à la croisée des galeries souterraines de Germinal.

 

 

Forged in the crucible: thinking work in Didier de Chousy’s Ignis (1883)

Madeleine Chalmers (University of Cambridge)

 

Thinking work today conjures up energy crises, artificial intelligence, modern slavery, and globalisation. In Ignis (1883), Didier de Chousy draws on late nineteenth-century thinking about work to imagine precisely these developments. Beyond speculation about its mysterious author, the novel itself has remained unexplored. Lauded by Alfred Jarry, it offers a rich seam for thinking nineteenth-century work in ways which speak to twenty-first century concerns.

In this black satire, British magnates decide to exploit the feu central at the earth’s core to power the world. Successive workforces are exhausted in strikes and accidents. The human capacity for work is pushed to its limit, to build the infrastructure for a society in which human beings will never work again. Instead, steam-powered ‘Atmophytes’ leave humans to a life of leisure, until these machines gain consciousness and rebel.

This paper takes the feu central as a potent metaphor, reading the novel as a crucible for the conflicting voices of nineteenth-century thinking about work. Current affairs, anthropological theories, and political concepts are melted down and reworked through caustic humour, coalescing around notions of exploitation and obsolescence. This dynamic of melting is counterbalanced by one of forging, which generates and tests experimental visions of work in a fictional space. As the quest to abolish work annihilates successive workforces, these take new shapes in a quasi-evolutionary thought experiment, culminating in the creation of the Atmophytes and a razor-sharp analysis of unbridled technological innovation. Contemporary theories find themselves realised in fiction, as Paul Lafargue’s Le Droit à la paresse is put into practice, and under the microscope, in the leisure society of Industria-City.

De Chousy thinks work as a precarious negotiation of the boundaries between creation and destruction, freedom and exploitation, technological progress and failure. Rooted in the nineteenth century, his vision of work retains profound relevance today.

 

 

Le désœuvrement et l’idée de classe « utile » chez Saint-Simon

Christos Andrianopoulos (Paris 10)

 

Le caractère social du travail occupe une place centrale dans la réflexion des socialistes utopistes. Cette réflexion s’accompagne d’une interrogation sur la question de la classe productive. Saint-Simon auteur de la fameuse “L’Industrie” se propose de synthétiser toutes les théories industrielles de son époque en vue de créer une nouvelle théorie visant à réorganiser la société. Dans ce but, le travail ouvrier constitue l’exemple à l’instar duquel toute la société doit s’organiser, et l’industrie est la seule classe capable à entreprendre une telle tâche.

Issu d’un corpus théorique marqué par le déterminisme et le jus-naturalisme, Saint-Simon est le premier théoricien à opérer une rupture en plaçant le travail et la classe industrielle dans le processus historique. Ainsi la classe industrielle sera capable de transformer son propre sort et créer un véritable régime industriel.

Dans ce cadre, le désœuvrement constitue un phénomène qui pourrait s’avérer fatal pour la cohésion sociale et l’avenir de l’être humain. « Le désœuvrement est le père de tous les vices » affirme le grand utopiste dans son œuvre « La Physiologie Sociale ». Le désœuvré n’a pas de place dans la société car pour Saint Simon il représente une catégorie morale très nuisible pour le corps social. Cette « peur » de l’homme désœuvré constitue d’ailleurs une première ligne de démarcation entre les différentes classes sociales. La distinction entre « travailleur » et « oisif » dans son texte Sur la querelle des abeilles et des frelons révèle une première désignation théorique entre la classe de travailleurs et une bourgeoisie fainéante.

Dans notre présentation nous essayerons d’étudier les connotations principales du désœuvrement chez Saint-Simon, les intentions politiques derrière l’emploi de ce terme, son importance dans la division conceptuelle entre oisif et producteur, comme un répertoire utile pour l’identité ouvrière en cours de constitution pendant la première moitié du XIXème siècle.

 

 

Can we ever escape functionalism? Thinking work and inoperativity with Marcel Mauss and Georges Bataille

Marie Chabbert (London School of Economics)

Behind most socio-economic theories lies the assumption that human beings are intrinsically rational and utilitarian. If the idea that men have a Dionysian irrational dimension is widely accepted, economists still describe individuals as “rational agents” who are, by nature, driven towards the utilitarian accumulation of goods, in other words, towards work. Yet, in The Gift (1923), the French anthropologist Marcel Mauss highlighted that the socio-economic life of primitive societies throughout the world relied less on “accumulation” than on its opposite: “giving away”. In fact, what Mauss revealed is that the natural principle underlying human development is not the supposed “utilitarian” nature of human beings but rather their propensity to give away and experience what he calls “the pleasure of generous expenditure”. As such, The Gift liberated Western thought from the assumption of a utilitarian human nature, valorising, on the contrary, its intrinsically an-economic dimension. It is on that basis that the French theorist Georges Bataille developed his ground-breaking existential reflexion on work and inoperativity, which I will examine in my paper. Developing what I call a “Mausseanism without reserve”, to paraphrase Derrida, Bataille devoted his life and career to the systematic rejection of functionalism in favour of an-economy, or what he calls “sovereignty”. Throughout his works, Bataille indeed rethinks socio-economic relations and human metaphysical life-experience in terms of “pure loss expenditure” and “unemployed negativity”. Bataille’s extreme reading of Mauss’s work raised many debates in the Western intellectual landscape, in particular related to whether it is ever possible to escape functionalism – both in theory and practice – or in other words, to ever think completely outside of work, but also in relation to the paradoxical functionalism of Bataille’s theory itself. In my paper, I will further examine these two key issues and hopefully offer answers to the theoretical questions they raise.

 

 

Third panel: (Chair TBC)

 

 

Anti-Work, Machines and Traps: Working Notes on a Philosophy of the Dispositif

Joshua Richeson (Paris 8)

 

In this presentation I would like to revisit Deleuze’s 1988 call for a “philosophy of the dispositif” to reflect on the problem of work. This approach is interesting in light of resurgent interest in apparatus theory following the publication of Giorgio Agamben’s Che cos’è un dispositivo? in 2006 and its subsequent translations[2], as well as the ever present influence of Foucault on the questions of subject formation within power relations, but also, importantly, because Deleuze and Guattari answered that call with the concept of machinic enslavement, which Paris-based philosopher Maurizio Lazzarato helped to update for work today in his Signs and Machines in 2014.

 

Running through a series of motifs from contemporary anti-work thought (from marxist literary criticism to anarchist pamphlets to communization theory), work nearly always appears as a negative trap, at least in its question form, which troubles the psychic complex of the subject posing the question. It may however be possible through a work of the negative that harnesses an understanding of machinic enslavement to render work a positive trap that disposes the subject toward joy according to their proper becoming. Thus the question becomes not how to abolish work but rather, what is the slow work, the long work, that will dispose the subject and the conditions for ruptures that could open that subject up to, indeed, more work – but in ever more appropriate forms.

 

 

 

 

 

 

 Le travail de la littérature, la littérature au travail: propositions sur un imaginaire

économique de la littérature

Rachel Nadon (Université de Montréal)

 

L’approche sociocritique des oeuvres littéraires, qui étudie le retravail du discours social

par les formes littéraires, et l’approche sociologique de la littérature, qui retrace la place

de l’écrivain et ses capitaux (symbolique, social) à l’intérieur du marché des biens

symboliques, mettent en jeu un imaginaire économique de la littérature qui éclaire les

conceptions de la littérature (de son « travail » spécifique comme du travail d’écriture)

qui circulent dans une société donnée.

Dans cette communication, il s’agira de relever les formes, les figures, les valeurs et les

représentations qui composent cet imaginaire économique de la littérature. Nous

analyserons d’abord ce que recouvre le terme « travail » dans quelques ouvrages

fondateurs de la sociocritique (Duchet, 1979; Cros, 1989, Popovic, 1994; 2011) et de la

sociologie de la littérature (Bourdieu, 1971, 1982, 1992; Dubois, 1978). À travers l’analyse

du roman Faites-leur boire le fleuve (1970) de l’écrivain québécois Jean-Jules Richard, qui

met en scène les débardeurs du port de Montréal, nous verrons ensuite comment la

fiction parle du travail et comment les représentations qui en sont données constituent

aussi un enjeu de positionnement dans le champ littéraire. Nous mettrons ainsi au jour

des pratiques littéraires de l’économie qui sont constitutives de cet imaginaire

économique de la littérature.

 

Chômage grotesque: representations of the changing face of labor in France within the grotesque fabulism of Julien Campredon’s Brûlons tous ces punks pour l’amour des elfes (2013)

Dorthea Fronsman-Cecil (University of California Los Angeles)

 

At a time when the unemployment rate in France sits above 10% and drastic reforms to labor policy provoke strikes and a lack of voter consensus, the French are increasingly preoccupied by controversies surrounding the shifting expectations toward work and unemployment. As the face of French labor changes, recent French novels have responded with literary treatments of modern work culture, representing unemployment, labor precariousness, mistreatment at work, and the consequences for French society and individual lives. Unsurprisingly, many of these novels offer a realist approach to discussing the increasingly common instability, fear, and material and existential crises of mistreated, dissatisfied workers. Although Julien Campredon’s work departs from the conventions of realism, his collection of short stories Brûlons tous ces punks pour l’amour des elfes is an example of another recent work within this paradigm.

Campredon’s collection represents the lives of workers and unemployed job-seekers whose lives are made chaotic not only by unreasonable labor conditions and unemployment, but also by bosses unexpectedly turning into flying bat-creatures and kidnappers when asked to retire and give up their jobs, and by the bizarre demands of Tolkien-esque “races” of ethereal, refined “elves” and oafish, destructive “punks” appearing in the place of upper-class CEOs and unemployed youth. These fantastical, grotesque elements transform the characters’ quotidian sense of working life’s repetition and misery into frightful, surreal episodes of destabilization. This paper will use Rémi Astruc’s definition of the grotesque as an aesthetic device representing alterity and metamorphosis, inspiring both empathy and fear, to explore Campredon’s work. Here, I argue that Campredon’s grotesquerie serves to evoke the panic-inducing, seemingly unreal, and inhumane conditions of the new work culture in France, thus inducing an affective response of fear and destabilization for readers and inciting their empathy for French workers in crisis.

 

Panel 4: Thinking through work (Chair: Adina Stroia)

 

Le double travail de deuil dans L’enfant hiver de Virginia Pésémapéo Bordeleau

Krysteena Gadzala (University of Waterloo)

 

« [À] la fois un état et un processus » (Péraud 76), le deuil est au premier plan de L’enfant hiver (2014), le texte autofictif de Virginia Pésémapéo Bordeleau, écrivaine québécoise d’origine métisse crie qui, comme la narratrice, perd son père et son fils. L’hybridité générique du livre va de pair avec l’hybridité narrative, discursive et identitaire de la narratrice qui fait son travail de deuil voulant à la fois s’adresser aux disparus et analyser l’impact sur son corps marqué par les deux hommes. En nous appuyant sur des théories sociologiques, nous proposons d’examiner l’état et le processus du deuil de la narratrice qui, par l’acte scriptural et l’introspection corporelle, élabore son travail de deuil.

Le travail d’écriture lui offre un débouché créatif : l’alternance des voix narrative lui permet de s’adresser directement à son père et, parallèlement, de raconter la mort de son fils à la 3e personne. Elle cherche à communiquer avec son père, voulant se pencher sur lui dans son deuil car lui aussi a perdu un enfant, tout en se distanciant de la mort de son fils car trop douloureux. Cependant, la dernière partie du roman, Sa voix, narrée par le jeune défunt, prend la forme d’une sorte de dialogue avec sa mère.

La mémoire est essentielle au travail de deuil et puisqu’elle est malléable, révisable (Déchaux 65), il faut que les vivants aient recours à des traces et à des espaces concrets pour contrer les effets de l’oubli. Le corps de la narratrice sert d’objet de mémoire : plus jeune, son père lui faisait des attouchements alors que son frère la violait. Ce même corps, victime d’inceste, est aussi porteuse de vie. L’incipit relate l’accouchement du fils qui a failli mourir. Il y a donc dès le début un parallèle entre la vie et la mort.

 

Working Through and In Depression: Céline Curiol’s Un quinze août à Paris: Histoire d’une dépression (2016), and Chloé Delaume’s Éden matin midi et soir (2009)

Rebecca Rosenberg (Université de Nantes)

 

Céline Curiol and Chloé Delaume both work and write on depression in Un quinze août à Paris: Histoire d’une dépression (2016), and Éden matin midi et soir (2009). Curiol works through, describing how she survived a period of depression in the past. Delaume’s narrator works in depression, describing a present and immediate form of working and writing. The texts present two distinct representations of depression, and two ways in which to work on depression. Curiol provides a literary study of depression interspersed with her own own personal memories of suffering, creating a thorough précis of the condition. Both personal and universal, Curiol seeks to create a guide for working through depression. The seemingly calm, detailed style of Curiol contrasts to the experimental boldness of Chloé Delaume. The narrator of Éden matin midi et soir (2009) is writing and working in an immediate and urgent depression. Obsessed with the concept of thanatos, the narrator mires herself in her depressive thoughts, embracing her reflections on death.

 

Curiol has worked through a depressive period, writing in posteriori. However, to what extent can a sufferer of depression truly work through depression? Does the notion of ‘working through’ imply an end to depression that simply does not exist? Delaume’s narrator is working in her depression, folding herself into her depressive state with the intent of discovering a deeper awareness of life and death. Can this approach be seen as a guide for sufferers? Does the narrator provide a template of how to deal with depression, such as immediate writing, or ‘writing through’ depression? Is Delaume’s depiction more realistic or relatable due to the visceral depths it plumbs, in contrast to the measured style of Curiol? This paper will explore how these two writers represent depression and the ethical responsibilities that they assume concerning their readers and other sufferers. The notion of working will be used in relation to how these texts, literature in general, and even the act of writing, can be used to work in or through depression.

 

Martin Page’s Literary Advice: How to Work as a Writer

Gert-Jan Meyntjens (KU Leuven)

 

Creative writing manuals offer interesting, though relatively unexplored, representations of the writer’s labour. They deal with different aspects of the writer’s craft, from issues of style and technique to motivation, daily habits and financial matters. They function both as tools that serve aspiring authors in their efforts to professionalize and as sites where authors can consider their own literary labour. One of the most known examples is Steven King’s On Writing.

This paper deals with representations of literary labour in the recent work of Martin Page (Genèse d’un roman (2012), L’Apiculture selon Samuel Beckett (2013), Manuel d’écriture et de survie (2014), L’Art de revenir à la vie (2016)). While not all of Page’s texts can be called writing manuals in a strict sense, all of them are essentially concerned with both the (political, therapeutic) role and nature of creative work and with the idea of literary advice. They often revolve around the encounter between a young and an experienced writer and raise questions about the value of creative labour in the face of psychological distress and financial precarity. In addition, they explore the ethos writers should adopt when performing their labour and dominant representations of creative and literary workers and the way these operate as instruments of power in the literary field and outside of it.

Through exploring Page’s representations of the writer’s labour, this paper also wants to investigate Page’s self-conception and posture. How do Page’s literary advice texts function as strategic tools to position their author in the literary field?

 

[1]Traduction libre: «Acquiring a work of art means getting a hold on the artist’s labour capacity, and therefore owning a slice of their lives.».

[2] Published six months later in French under the title of the essay by Deleuze into whose call for a philosophy of the dispositif Agamben’s project surely, but silently, inscribes itself. After Qu’est-ce qu’un dispositif ? in 2007, it will be two years before the English edition is published in close collaboration with Agamben as What Is an Apparatus? A brief but crucial distinction will be sketched to clarify the use here of the French term dispositif.

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